
Titre : « La mondialisation n’est pas coupable. Vertus et limites du libre-échange »
Auteur(s) : Paul Krugman, Prix Nobel d’Economie en 2008
Année de publication : 1996 aux Etats-Unis, 2000 en France.
JEL Classification Code / Thème : F. International Economics
I. Résumé de l’ouvrage
La mondialisation n’est pas coupable est considéré comme l’un des principaux ouvrages de l’économiste Paul Krugman, dans lequel il souhaite répondre à la « théorie pop du commerce international », celle qui revient à considérer que l’économie internationale est un jeu à somme nulle. Selon lui, cette croyance revient à considérer les Etats comme des entreprises faisant de la compétitivité une « dangereuse obsession ». Ce livre est ainsi l’occasion pour lui de détailler les limites de cette conception de l’économie mondiale et de développer plusieurs grilles de lecture sur la mondialisation économique et ses effets.
II. Contexte de l’œuvre / Analyse critique
Lors de la publication de l’ouvrage, l’économie internationale est naturellement bien différente de ce qu’elle est aujourd’hui. L’Euro n’est pas encore entré en vigueur, les Etats-Unis sont en pleine période de croissance, mais nous commençons à mesurer et apprécier les effets de la mondialisation. L’ouvrage centralise également des conférences et publications de Krugman sur ces sujets, ce qui explique une diversité d’approche et de style tout au long du livre. Dans le style traditionnel de Krugman, le livre est un véritable pamphlet dans lequel l’auteur n’hésite guère à émettre des critiques directs envers d’autres économistes comme Robert Reich ou Lester C. Thurow,
Pour Krugman, la popularité de la « théorie pop du commerce international » vient de sa simplicité, l’attrait de la compétition (« le frisson fait vendre ») et du fait qu’elle permette de se déresponsabiliser de ses propres échecs, en attribuant la responsabilité du chômage, par exemple, à la mondialisation. Pour autant, il souligne précisément les dangers potentiels de cette théorie et de l’obsession croissante pour la productivité : 1) la détérioration de la qualité des débats économiques 2) le gaspillage des fonds publics 3) la possibilité de guerres commerciales, qui réduisent effectivement le commerce international à un jeu à somme nulle. Selon lui, « le diagnostic sur la compétitivité invite inévitablement à fermer les frontières plutôt que de courir le risque que de voir des étrangers vous prendre les emplois bien rémunérés ».
L’aspect moins évoqué du livre de Krugman constitue ses diagnostics relatifs à l’ALENA et aux pays émergents. Il remet ainsi l’ampleur des effets négatifs de l’ALENA sur les salaires des travailleurs manuels aux Etats-Unis. L’épilogue est le moyen pour lui de développer les nouvelles théories du commerce international, comme celles des explications intrabranche du commerce international. On trouve également dans cet épilogue le fameux modèle de Brander et Spencer (1988) qui justifie le protectionnisme commerciale stratégique, avec une modélisation en théorie des jeux par le biais du duopole Airbus-Boeing. En bref, il s’agit d’un ouvrage incontournable de l’économie internationale dans lequel Krugman développe avec style sa pensée et théorise sur les grandes problématiques de la la fin du XXème siècle relatives à la mondialisation.
III. Synthèse des différentes parties de l’ouvrage
Dans la première partie du livre « Un monde à somme nulle ? », Krugman se concentre sur la « théorie pop du commerce international » avec un premier chapitre dédié à la compétitivité : « la compétitivité : une dangereuse obsession ». Cette première partie, probablement la plus célèbre de l’ouvrage, est ainsi focalisée sur la déconstruction de cette vision du commerce international. Krugman critique ainsi ouvertement des prises de parole, des ouvrages, en cherchant à démontrer, à chiffres à l’appui, non seulement le fait que la mondialisation n’est pas la principale explication aux maux des pays des pays développés mais qu’il y a une « illusion du conflit commercial international » selon le titre du cinquième chapitre.
Dans la deuxième partie, Krugman se place davantage en professeur d’économie en développant les « mythes et réalités de la compétitivité américaine » et « ce que tout étudiant doit savoir sur le commerce international ». Le livre a parfois ce défaut d’avoir un aspect quelque peu redondant puisqu’on retrouve des éléments de la première partie par la suite et de manière relativement identique. Néanmoins, dans la troisième partie, Krugman s’intéresse davantage au « Monde émergent » avec une analyse des effets de l’ALENA et du « mythe du miracle asiatique ». Cette troisième partie illustre la dimension synthétique du livre puisque Krugman évoque des sujets aussi divers que le ralentissement de la croissance soviétique ou l’avenir du Mexique dans l’ALENA.
Enfin comme mentionné précédemment, l’épilogue est l’occasion pour Krugman de conceptualiser sur les nouvelles théories et critiques du libre-échange. En 2008, il reçoit pour ses travaux sur « les effets des économies d’échelle sur les modèles du commerce international et la localisation de l’activité économique », non sans lien avec les analyses dressées dans ce ouvrage de référence.
IV. Pour aller plus loin
« Paul Krugman et la nouvelle théorie du commerce international », Easynomics, 2021 :<https://easynomics.fr/2020/10/09/adopte-un-prix-nobel-6-paul-krugman-et-la-nouvelle-theorie-du-commerce-international/>
