Le télétravail : épisode passager ou véritable révolution ?

L’annonce lundi 16 mars des mesures de confinement par le président Macron sonne le commencement d’une réorganisation du travail, qui passe notamment par le travail à distance pour ceux dont l’activité le permet. Il s’agit de minimiser autant que possible le ralentissement de l’activité économique en respectant les règles sanitaires pour arrêter la propagation du virus. 

Le télétravail, pratique en vogue depuis l’essor des nouvelles technologies dans les entreprises, concerne 8 des 23 millions d’actifs en France. Elle a récemment été assouplie par ordonnance de Macron en 2017, qui l’instaure comme un quasi-droit. L’épidémie de coronavirus qui contraint des millions d’européens au confinement ces dernières semaines pourrait-elle être à l’origine d’une modification profonde des pratiques au travail ?

Le télétravail : une variété d’aspects économiques intéressants.

Selon une étude de la DGE, Direction Générale des Entreprises, du ministère français de l’Economie, le télétravail permettrait une augmentation de la productivité des travailleurs de 5 à 30% en moyenne. En effet, les télétravailleurs ne sont plus en proie au stress lié aux transports et gagnent un temps phénoménal, lorsque l’on sait qu’un francilien met environ 1h24 pour se rendre et revenir de son lieu de travail chaque jour. De plus, un environnement agréable (chez soi) et plus de sommeil permettent aux télétravailleurs de travailler plus efficacement et d’accroitre leur productivité. Parmi les facteurs qui intéressent le plus les salariés, on retrouve pour 54% des interrogés la réduction du temps de transport, et viennent ensuite le fait de pouvoir s’organiser à son gré et le fait d’être plus efficace. C’est également une pratique intéressante pour les salariés qui concilient leur travail et leur handicap, et ceux qui sont aidants de personnes handicapées. 

Le télétravail permettrait également aux entreprises de réaliser des économies d’échelle, notamment sur les locaux (qui pourront être moins grands pour ne plus accueillir que des espaces de réunion par exemple), et sur les dépenses courantes liées à leur activité comme l’électricité ou Internet. Autre avantage lié au cadre favorable que le télétravail offre aux salariés : la diminution de l’absentéisme et la réduction du turn-over, ce qui est en général un facteur dû au transport. Il participe également à améliorer l’image d’une entreprise, en améliorant le dialogue social, et permet d’impliquer plus les salariés dans le travail en les responsabilisant et en les faisant gagner en autonomie. Le télétravail semble donc, tant du côté des salariés comme du côté des entreprises, constituer un levier à la fois de productivité et d’amélioration des conditions de travail. 

Des risques sociaux du télétravail.

En dépit des avantages économiques, le télétravail comporte certains risques sociaux liés à l’isolement des salariés. Une étude de la Dares, la direction statistique du ministère du Travail, souligne que les télétravailleurs travaillent plus que leurs collègues, et subissent parfois la pression de ceux-ci qui ne mesurent pas le travail effectué. Ils risquent d’être isolé du lieu où se prennent les décisions dans l’entreprise, d’être coupé de l’intelligence collective et de ne pouvoir suivre le travail d’un groupe. Cela peut même nuire à leurs perspectives d’évolution de carrière. Il peut exister également le risque de l’empiétement de la vie professionnelle sur la vie privée : le salarié peut ne plus pouvoir créer une rupture entre les deux, pourtant essentielle à son bien-être. Etant pratiqué à 43% par des salariés vivant en couple avec enfant(s), la garde d’enfant sur son temps de télétravail pourrait nuire à l’efficacité de ces salariés. 

De plus, la mise en télétravail d’un certain nombre de salarié résulte dans certains cas des difficultés économiques d’une entreprise. Selon cette même étude de la Dares, 21% des télétravailleurs intensifs ont connu un plan de licenciement de leur entreprise contre seulement 4% des non-télétravailleurs. On peut donc penser que cette pratique, parce qu’elle entraîne des risques sociaux, reste aujourd’hui une pratique temporaire (afin de diminuer les coûts qu’engendrent la présence des salariés sur leurs lieux de travail), qui permettrait à certaines entreprises de faire face à des difficultés économiques. Les managers perçoivent également des difficultés, comme le fait de manager à distance, et des coûts supplémentaires liés à l’équipement informatique et à la formation des salariés que les entreprises devraient prendre en charge.

Présentant néanmoins de nombreux avantages économiques pour les entreprises et une réduction du stress et de la fatigue pour les salariés, il est possible d’entrevoir un renforcement du télétravail une fois le confinement terminé, pour ne plus être seulement une pratique temporaire mais complémentaire du travail classique. Il doit exister un équilibre entre le présentiel et le télétravail, afin de n’en tirer que les avantages, et d’éviter au maximum les risques sociaux d’isolement. Cet équilibre est estimé par les salariés interrogés à 7 jours de télétravail par mois selon une étude menée par Malakoff Médéric Humanis. Il serait possible d’entrevoir une augmentation de ce temps idéal de télétravail, car de fait, le confinement peut potentiellement créer de nouveaux adeptes, tant chez les entreprises que chez les salariés. 

Bérenice Bernex

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