Covid19 : Jean Michel Aulas et les marchés contestables

L’épidémie de coronavirus a des conséquences dans tous les secteurs, et ce n’est pas Jean-Michel Aulas qui dira le contraire : la planète Football est désormais à l’arrêt. Partout dans le monde, les championnats sont mis en pause, pour une durée indéterminée. Or, la suspension de la Ligue 1 n’est pas à l’avantage de l’OL : dans le cas où la saison ne pourrait pas être terminée et le classement actuel figé, Lyon, 7e ne serait pas qualifié pour les compétitions européennes… A l’inverse des saisons précédentes.

Alors le président lyonnais, mécontent, a sorti l’artillerie lourde : Au journal le Monde, il déclare « La meilleure solution serait de dire « c’est une saison blanche ». (…) Le titre de champion devrait rester vacant et les places européennes être allouées aux mêmes clubs que cette saison. ». Autrement dit, on oublie le classement actuel, et on reprend celui de l’année dernière… Où Lyon, alors 3e, avait été qualifié pour la ligue des champions.
Les 3 clubs engagés en C1 la saison prochaine ne seraient donc plus Paris, Marseille et Rennes, mais Paris, Lille et Lyon

Au-delà des querelles médiatiques que cela a généré, une réelle question se pose : qui MERITE ces places en ligue des champions ? Au regarde de leur rareté et de ce qu’elles apportent à un club, la position de Jean Michel Aulas peut se comprendre : Depuis 15 ans, Lyon est un club incontournable en ligue des champions. 6 huitièmes de finale, 3 Quarts, et 1 demie. A titre de comparaison, Marseille a atteint une fois les huitièmes, 1 fois les quarts. Rennes n’a jamais été qualifié. Alors qu’il reste 10 journées de ligue 1, ce qui suffit à bouleverser le classement, pourquoi ces deux clubs seraient plus légitimes que l’OL pour représenter l’OL en ligue des champions ?

Mais on s’aventure alors sur un terrain très glissant : quels clubs méritent la ligue des champions ? Entre un cador européen qui fait une contre-performance sur une saison, et un plus petit club pour qui les planètes s’alignent, à qui doit revenir le droit de jouer la plus prestigieuse des compétitions ? Jusqu’alors, le deuxième cas était privilégié. On pense notamment à l’édition 2003-2004, avec les parcours surprenants de Monaco, du Celta Vigo, de la Real Sociedad, du Sparta Prague, et bien-sûr du vainqueur de l’édition, le FC Porto.

Mais de plus en plus, les clubs historiques poussent en faveur d’une compétition qui favoriserait les performances sur le long terme. Ainsi, le projet de création d’une « ligue fermée » pour les grands clubs européens, qui ne serait renouvelée d’un ou deux membres chaque année, permettrait aux grandes équipes de réduire leurs chances de ne pas participer à la compétition.

Le cas où un petit nombre de compétiteurs participent au jeu existe dans d’autres domaines que le football. Dans de nombreux secteurs comme l’alimentation ou la technologie, les entreprises qui se partageant le marché se comptent sur les doigts d’une main. Cette situation s’appelle un oligopole.

Cette situation peut être très néfaste : les entreprises peuvent s’arranger sur les prix, sur les produits proposés, et les consommateurs en pâtissent.
Pourtant, d’après l’économiste William Baumol, cette situation n’est pas à craindre si le marché est dit « contestable ». L’idée est simple : Si n’importe qui peut remplacer quand il veut une des entreprises, alors celles-ci ne profiteront pas de leur situation dominante, par peur de perdre leur place. Mais une des conditions d’un marché contestable, c’est la libre entrée de concurrents potentiels. Si des barrières à l’entrée existent, si on ne peut pas vendre comme on veut des téléphones ou des médicaments, la position dominante des entreprises présentes ne peut pas être remise en question.

Ces barrières à l’entrée sont les mêmes que celles prônées dans le cas de la ligue fermée dont nous parlions tout à l’heure : il s’agit de remettre en cause la contestabilité de l’oligopole : « ce sont toujours les mêmes qui jouent, et tant mieux ».

A terme, elles risquent de tuer toute compétition et d’éradiquer les surprises. Si la saison prochaine Renne participe pour la première fois de son histoire à la ligue des champions, tant mieux. Les places en Champions League doivent être contestables… Et à l’OL de prouver qu’il pourra les atteindre la saison prochaine !

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