STAR50 : la Chine à l’assaut des marchés financiers

Le 23 juillet 2020, la Chine lance son premier indice technologique, le Star 50. Ce dernier fait suite à la création du marché financier technologique Star market, qui voit le jour en juillet 2019 avec 25 entreprises. Le Star 50 regroupe les 50 plus grosses entreprises de ce marché boursier.  La Chine, à l’avant-garde de l’innovation et de la technologie (notamment en matière de voitures électriques, le réseau 5G) vient pallier sa principale faiblesse : les marchés financiers. Consciente de son manque d’expertise dans ce domaine, la Chine lance son propre indice pour venir parfaire ses connaissances du monde financier. Néanmoins, ce n’est pas la seule raison qui pousse la Chine à conquérir le monde des marchés. Le projet de création du Star prend forme en octobre 2018 alors que les tensions sino-américaines sont à leur apogée. Xi Jinping fait part de sa volonté de rendre la Chine autosuffisante technologiquement parlant mais aussi de rendre Shanghai la place boursière de référence du monde. La mise en forme de l’indice en juillet 2020, ne pouvait venir à un meilleur moment, surtout que les États-Unis ont une économie à l’agonie en ce moment. 

STAR50 vs NASDAQ100

Information qui n’a pas fait la une des journaux, c’est tout de même une nouvelle qui est symbolique. Le Star 50 est un indice boursier qui regroupe les 50 plus grandes entreprises chinoises de la technologie, un indice qui fait donc naturellement penser au NASDAQ100, le berceau des grands noms de la tech. L’ambition chinoise n’est pas d’être une copie conforme du NASDAQ, et donc être un NASDAQ chinois mais de faire de l’ombre à l’indice technologique. Duan Shihua, responsable du Shanghai Changer Investment Management consulting, souligne bien que le Star 50 deviendra l’équivalent du Nasdaq 100 “STAR 50 will be the equivalent to Nasdaq 100”. Cette spécialiste parle d’équivalent, mais la réalité des choses fait penser à une compétition entre les deux indices. 

On peut toutefois se demander si ce nouvel indice peut réellement concurrencer le NASDAQ 100 qui est 20 fois plus important. L’indice qui regroupe les GAFA ainsi que Microsoft avait une valorisation de plus de $10 000 milliards de dollars à la fin de 2019, une différence de taille avec le Star Market. Le marché Star compte 140 entreprises dont la valorisation totale s’élève à $400 milliards de dollars, une valorisation donc bien en deçà de celle du NASDAQ100. Néanmoins, force est de constater que ce marché boursier qui existe seulement depuis une année est déjà le marché boursier le plus important d’Asie. Dans ce sens-là, il est bien possible que l’indice chinois puisse concurrencer ou faire de l’ombre à son rival américain. Selon Jacob Doo, chief investment officer chez Wealth Management, les conditions actuelles s’y prêtent, il estime que la Chine pourrait bel et bien concurrencer le NASDAQ (« The conditions are very attractive and would definitely make the Star Market a worthy rival of the NASDAQ »). Les procédures de cotations au sein du STAR sont relativement simplifiées et beaucoup moins exigeantes et longues par rapport à celles requises pour le NASDAQ, qui met déjà en place des restrictions à l’égard des entreprises chinoises. Cette facilité lui a permis de devenir le deuxième site d’introduction en bourse après le NASDAQ et tout cela en moins d’un an. Le STAR market représente déjà 17% des IPO faites au monde. Le Star market bat record après record. C’est à Shanghai que la procédure la plus rapide d’IPO a été enregistrée au monde. La procédure de cotation et d’entrée en bourse qui peut s’étendre sur plusieurs années en Chine s’est bouclée en 19 jours pour la société SMIC, fabricante de semi-conducteurs chinois. 

Une place financière confrontée à des difficultés…

Le moment du lancement de cet indice est particulièrement opportun pour la Chine. Cette dernière se trouve en effet privée de ses entreprises nationales technologiques qui préfèrent faire des IPO outre Pacifique, ou ailleurs qu’en Chine. En effet, les géants de la technologie jusque-là, quittaient leur pays pour faire une réelle entrée en bourse. C’est le cas d’Ali Baba qui a fait son IPO à New York en 2014 plutôt qu’à Shanghai. Le fabricant chinois de la téléphonie, Xiaomi, préfère la bourse de Hong Kong à celle de Shanghai. La Chine doit donc faire face à un double défi, devenir compétitive vis à vis des États-Unis mais aussi par rapport à Hong Kong. Le premier semble être bien mené, mais le deuxième est beaucoup plus problématique, surtout que la ville de Hong Kong souhaite aussi profiter de l’engouement du secteur de la technologie. Fin juillet aussi (27 juillet 2020), Hong Kong et plus précisément le HKEX (Hong Kong Exchanges and Clearing Market) lance à son tour un nouvel indice boursier, le Hang Seng Tech, spécialisé dans la technologie. L’indice compte les 30 plus grandes valeurs technologiques chinoises, dont le géant du e-commerce Alibaba (563 milliards d’euros de capitalisation). La place de Hong Kong devient donc en quelques sortes stratégique pour les IPO des grandes entreprises technologiques, surtout que plusieurs grandes entreprises sont déjà cotées à la fois à Wall Street et à Hong Kong. C’est le cas d’Ali Baba. Le géant Baidu songe déjà depuis mai 2020 à faire une entrée secondaire en bourse à Hong Kong. Suite à la publication d’une loi du Sénat au sujet des entreprises chinoises cotées aux États Unis, plusieurs entreprises réfléchissent à être cotés outre Pacifique à Hong Kong car selon le CEO de Baidu, Robin Li, plusieurs possibilités de listings s’offrent à l’entreprise, mais Hong Kong est une option clé car il estime qu’aux États-Unis l’entreprise n’est pas correctement valorisée.

Néanmoins pas de panique pour la Chine continentale, avec les tensions actives à Hong Kong, une déstabilisation du régime hongkongais, le Star market devient susceptible d’accueillir les entrées en bourses qui se font d’habitude dans la fameuse ville financière. Les sanctions économiques qui tombent comme une épée de Damoclès sur la ville de Hong Kong pourraient bien aider Shanghai à se démarquer et devenir une place financière clé pour les valeurs tech. 

Le Star Market commence à avoir un attrait certain. L’annonce que Alibaba allait lister à la fois sur les marchés boursiers de Hong Kong et du Star pourra à terme attirer d’autres entreprises technologiques à faire de même. La fameuse société Geely, fabricante chinoise des taxis londoniens noirs, se prépare déjà à faire son entrée en bourse. Dotées d’un grand savoir-faire les entreprises chinoises de la tech peuvent briller avec cet indice-là. Au début, le Star market ne comptait que des noms relativement inconnus de la part des investisseurs étrangers tels que AMEC, Kingsoft, China Railway Signal & Communication. A présent, les grandes entreprises qui s’y intègrent progressivement sont peut-être capable d’avoir un poids plus important sur la scène mondiale. C’est notamment le cas des BATX. Les géants du WEB chinois BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiamoni) sont en mesure de concurrencer les GAFA que nous connaissons. Dans cette mesure, la Chine pourra rivaliser avec les États Unis dans le domaine technologique. Selon Jean Michel Rocchi, professeur affilié de finance à l’Université Paris Dauphine, « Ce sont des sociétés qui peuvent valoir aussi cher, voire plus, que les GAFA américains ». Le STAR50 répond donc au besoin de visibilité de ces poids lourds technologiques. Au-delà des entreprises nationales, pour que Shanghai puisse devenir la première place financière du pays comme le souhaite Xi Jinping, il faut que les investisseurs étrangers puissent accéder au marché chinois plus facilement. Le Star market doit se rendre plus accessible aux investisseurs étrangers. 

La tâche qui incombe au Star market est donc relativement lourde. La Chine n’est pas reconnue à l’échelle mondiale pour son expertise en matière de marchés financiers. La Chine continentale ne connaît pas le milieu aussi bien que Hong Kong et n’a pas la technicité de cette dernière. Ce n’est qu’en 1990 que la bourse de Shenzhen voit le jour, et qu’n 2009 que la bourse Chinnext se met en place. Sa récente entrée dans les marchés financiers couplés à l’opacité du régime chinois sont donc deux éléments qui viennent ralentir le flux d’investisseurs étrangers. 

Une place financière aux multiples atouts

Viennent s’ajouter à ses problèmes les sanctions économiques à l’égard des applications chinoises. Les sanctions imposées par les États-Unis ne freinent, étonnamment, pas le fleurissement des valeurs de la tech chinoise. Le comportement bullish des investisseurs continue alors que Mike Pompeo, ministre des affaires étrangères américains avertissait que Trump s’en prendrait aux applications de téléphonie chinoise et notamment Tiktok (géré par ByteDance) ainsi que Wechat (géré par Tincent). L’accusation faite à l’égard de ces applications est que l’ensemble des données des utilisateurs de ces applications sont acheminées vers le Parti Communiste chinois. Dans un décret présidentiel, le président Trump présente l’application WeChat comme une menace à la sécurité nationale. En dépit de tout cela, les valeurs de la tech continuent de grimper. C’est ce que l’on voit à travers non seulement le Star50 mais aussi le Chinext lors de la première semaine d’aout. Star 50 gagne 7.3%, performance bien supérieure à Chinext qui enregistre une augmentation de 2.6%. Dans tous les cas, les gains de ces deux indices sont bien au-dessus de la croissance du CSI300, indice boursier qui regroupe les 300 premières capitalisations boursières de Shenzhen et de Shanghai, de 1.6%. 

Le nouvel indice qui voit le jour en juillet 2020 permet de mesurer la croissance des 50 plus grandes entreprises listées sur le Star Market depuis plus de 6 mois. C’est un outil qui permet de mesurer et évaluer le marché soutenu par Xi Jinping. Les actions du Star Market se négocient à 100 fois leurs valeurs actuelles, contre celles du NASDAQ qui se négocient à 34 fois leurs valeurs. On pourrait y voir le début d’une bulle de la technologie ou une surperformance de la part des entreprises chinoises.  La performance de l’indice est sans aucun doute réellement impressionnante, ce qui se voit essentiellement avec sa progression depuis décembre 2019. En juillet 2020, il ouvre avec 1487 points, contre 1000 points en décembre 2019, soit une augmentation de 50%. L’indice américain s’est beaucoup moins bien porté avec une progression de 24%. La création du Star Market de l’indice Star 50, qui s’inscrit dans la logique de réforme des marchés financiers par XI Jinping, semble ouvrir la voie à un marché bien prometteur. 

Conclusion

L’initiative de la Chine avec ce projet pharaonique démontre qu’elle ne se contente pas de régir sa région propre mais cherche à se démarquer à l’internationale. La création du Star Index s’inscrit dans la volonté chinoise de jouer un rôle de plus en plus important dans le monde de la technologie et celui de la finance, deux secteurs clés pour Hong Kong comme les Etats Unis.

Oumaima Sadouk

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