Adopte un Prix Nobel #4 : Douglass North

Douglass North et Robert Fogel auront mérité leur prix Nobel en 1993 pour avoir “renouvelé la recherche en histoire économique par l’application de la théorie économique et des méthodes quantitatives aux changements économiques et institutionnels ». Derrière cette prestigieuse récompense se cache la consécration d’un courant de pensée que les deux Américains ont largement contribué à développer : la cliométrie. En appliquant des méthodes statistiques et quantitatives à l’étude de l’histoire économique, la cliométrie propose une filiation directe entre histoire et sciences économiques. Au centre des travaux de nos deux Nobels : les institutions. 

Les institutions, garantes de l’efficacité économique 

Tout part d’une intuition : l’analyse néoclassique n’est pas suffisante pour comprendre les cycles longs de l’économie. La somme des actions individuelles ne peut expliquer à elle seule l’efficacité et le dynamisme économique d’une société donnée : les interactions entre les individus modèlent en effet les décisions individuelles, les croyances influent largement sur le comportement de chacun. Ce sont les institutions, définies par Douglass North comme l’ensemble des règles mises en place par les individus pour structurer leurs interactions, qui orientent majoritairement ces interactions et croyances. Celles-ci contribuent largement au dynamisme et à la croissance économique.

Dans son célèbre article de 1964, “Railroads and American Economic Growth : Essays in Econometric History”, Robert Fogel, se basant sur les méthodes de la cliométrie, revisite l’idée selon laquelle les chemins de fers ont été le facteur déterminant dans la croissance américaine du XIXe siècle. Selon lui, ce sont plutôt les institutions qui ont permis cet essor économique, par l’instauration entre autres d’un système de droits de propriété incitant à l’innovation, par le développement d’un “esprit pionnier”, par la réduction de tous les coûts liés à un échange ou à une transaction sur un marché (aussi appelés coûts de transaction). Ainsi, les investissements, le capital physique, le capital humain … sont les manifestations et non les causes de la croissance.

C’est précisément ce que théorise Douglass North, estimant que les institutions ont joué un rôle plus important que les inventions techniques dans le développement du commerce transocéanique entre 1600 et 1850. Les institutions permettent de corriger les défaillances du marché, les asymétries d’information, notamment par la baisse des coûts de transaction, prenant alors totalement à contre-pied les théories néoclassiques qui ignorent cet aspect indirectement corrélé à la sphère économique. 

L’Etat, garant des institutions 

Daniel Cohen, dans la Prospérité du Vice, explique que le Magna Carta arraché en 1215 par le baronnage anglais, engageant le roi outre-manche à assurer une justice impartiale, à garantir les libertés individuelles et à soumettre toute augmentation des impôts à l’assentiment du Parlement, s’est révélée bénéfique pour le dynamisme économique. Rassurant les banquiers, cette mise sous tutelle des finances du royaume permit aux emprunts d’Etat de bénéficier d’une baisse significative des taux d’intérêt versés. Ceux-ci vont chuter en moyenne de 9% avant 1688 à 3% en 1750. L’État est stable, inspire confiance, et garantit la fiabilité des institutions. 

Selon Douglass North, l’Etat a en effet un rôle prédominant à jouer : il doit garantir ces institutions, notamment les droits de propriété, pour assurer une allocation optimale des ressources. Les marchés doivent être suppléés par les institutions. Les changements de l’organisation des interactions humaines sont guidés par cette volonté de maximiser l’efficacité et le bénéfice économique.

Ainsi, pour Douglass North, les motivations individuelles doivent être exploitées de la manière la plus pertinente possible par un système d’institutions et de droits de propriété pour assurer une allocation optimale des ressources. En gardant en tête que toutes les institutions ne se valent pas et qu’une institution dans une société donnée n’est peut-être pas adaptée dans une autre. Ceci permet d’ouvrir humblement sur les travaux d’un autre Prix Nobel, Joseph Stiglitz, qui s’est érigé contre les normes et institutions “passe-partout”, imposées à certaines économies, sans prendre en compte les spécificités de celles-ci. Le “One Size Fits” n’a pas sa place lorsqu’on parle d’institutions sensées orienter les actions individuelles. 

Bastien Antoine

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s