Adopte un Prix Nobel #5 : George Akerlof et l’importance de l’information

Le 5e épisode d’Adopte un Prix Nobel fait la lumière sur un digne représentant du « nouveau keynésianisme » : George Akerlof. Le Prix Nobel 2001 est un économiste américain, docteur du MIT. Il a amené les sciences économiques à se rapprocher d’autres sciences sociales, comme la psychologie ou la sociologie.

Passé par Yale, il enseigne aujourd’hui à Berkeley – faculté à laquelle il fera d’ailleurs don de l’argent de son Prix Nobel. Son attachement à l’université et à la recherche l’ont amené à réfléchir et à théoriser sur de nombreux sujets.

Ses travaux portent notamment sur l’importance de l’information en économie, et sur la manière dont elle est transmise. On lui doit ainsi les concepts d’asymétrie d’information et de salaire d’efficience. Easynomics fait le point sur ses travaux.

Les asymétries d’informations

George Akerlof n’a que 30 ans lorsqu’il publie l’article qui le propulsera sur la scène économique mondiale : The Market for lemons. Dans ce dernier, il théorise les « asymétries d’informations ». Il s’agit d’une situation d’échange économique ou l’un des deux protagonistes dispose de davantage d’informations que l’autre. Pour Akerlof, cette situation nuit à la vie économique.

Il prend l’exemple du marché des voitures d’occasion. Sur celui-ci, les vendeurs connaissent l’état de leur voiture, mais ce n’est pas le cas des acheteurs ; il y a donc asymétrie d’informations. Après s’être fait avoir quelques fois en achetant des véhicules en mauvais état au prix fort, les acheteurs souhaitent payer moins cher les voitures d’occasion : ces derniers risquent en effet d’être bons pour la casse, sans qu’il soit possible de le savoir.

Mais dès lors, les vendeurs de bonnes voitures d’occasion n’ont plus intérêt à vendre ces dernières : le prix du marché est devenu trop faible. Pour eux, il n’est plus intéressant de vendre si peu cher. Ils quittent donc le marché, comme ce schéma le résume.

Ainsi, le marché des voitures d’occasion semble condamné à ne vendre que des voitures hors d’usage si les asymétries d’informations subsistent. Akerlof parle de « sélection adverse » : les mauvaises voitures chassent les bonnes.

La théorie du signal

Une solution à ce dilemme serait de permettre aux vendeurs de signaler le bon état de leur voiture. De la sorte, les acheteurs percevraient leur qualité, et seraient prêts à payer plus cher. Cela peut prendre plusieurs formes : la présentation des conclusions du dernier contrôle technique, le compteur de kilomètres, une facture justifiant des réparations sur la voiture, …

Toutes ces informations aident l’acheteur à prendre une décision. On les appelle des « signaux ». Pour Akerlof, ces derniers sont essentiels car ils limitent les asymétries d’informations. Ils assurent une cohérence entre la qualité et le prix de qui est échangé

Pour autant, le vendeur de voiture d’occasion peut aussi truquer les informations qu’il transmet, avec par exemple un faux certificat. Cela montre que la crédibilité des signaux est tout aussi importante que l’information qu’ils portent. Dès lors, la réputation joue énormément. C’est l’une des raisons pour lesquelles on est amené à payer plus cher des biens d’une marque en particulier : la présence du logo de la marque est un signal de qualité reconnue depuis plusieurs années, qui assure au consommateur un produit fonctionnel et durable.

Le salaire d’efficience

Un signal sur lequel Akerlof et son épouse Janet Yellen se sont particulièrement penchés est le salaire. En effet, ce dernier transmet énormément d’informations. Pour un salarié, le revenu offert pour un poste donne des indications de la complexité et du niveau d’exigence de celui-ci. Pour un employeur, le salaire demandé par un employé est un signal de sa qualité et de sa valeur sur le marché du travail.

La théorie du salaire d’efficience pousse cette analyse encore plus loin : le salaire est pour le salarié un signal de la quantité de travail qu’il doit fournir. Un salaire plus élevé que la moyenne du marché du travail signifie qu’on attend du salarié plus que la moyenne : ce dernier va interpréter ce signal et être plus productif.

Dès lors, selon la théorie du salaire d’efficience, il est judicieux pour une entreprise de surpayer ses salariés. De la sorte, la productivité de ces derniers sera plus importante. Cette idée à laquelle adhère Akerlof le place tout à fait dans la lignée du « nouveau keynésianisme ».

Vers l’économie comportementale

La place prépondérante de l’information dans les travaux d’Akerlof lui fait paire le pont entre les sciences économiques et d’autres sciences sociales comme la psychologie ou la sociologie. Le Prix Nobel «rêve d’une macroéconomie faisant appel à toute la gamme des émotions et actions humaines : justice, confiance, cupidité, identité, procrastination».

On peut alors parler « d’économie comportementale ». Tandis que l’économie traditionnelle « classique » se fonde sur l’hypothèse de rationalité des agents économiques, l’économie comportementale fait entrer en jeu des facteurs remettant cette rationalité en question : les décisions économiques sont souvent irrationnelles.

Cette irrationalité est d’ailleurs exploitée par différents agents économiques. Dans Marché des dupes, écrit avec Robert Shiller, Akerlof montre à quel point « le mensonge et la manipulation sont intrinsèques à l’économie » : les abonnements trop coûteux, les produits faussement innovants et les crédits à la consommation hors de prix sont autant de dérives du système économique exploitant les asymétries d’informations pour nous faire acheter davantage.

Elias Orphelin

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