Entretien avec Benjamin Bonin, Expert Investissement responsable à la Banque de France

Depuis 2018, la Banque de France mène une politique d’investissement responsable qu’elle ne cesse d’approfondir. Elle a été récemment marquée par une communication du 18 janvier 2021 en faveur du durcissement de sa politique d’exclusion en matière d’énergies fossiles. Pour mieux en comprendre le fonctionnement et les enjeux, Easynomics a interrogé Benjamin Bonnin, expert Investissement Responsable au sein du service de gestion financière, de la direction financière de la Banque de France.

« La Banque de France est pionnière parmi les banques centrales, mais un mouvement d’ampleur est en train de s’amorcer »

Benjamin Bonnin

Pour débuter cet entretien, pouvez-vous nous présenter votre parcours avant de rejoindre la Banque de France, puis au sein de celle-ci ?

Après une classe préparatoire voie économique à Daniélou, j’ai intégré l’EM Lyon en majeure Finance. Passionné d’Économie et de Finance, je suis entré à la Banque de France par concours en 2013. J’ai rejoint l’Inspection générale où j’ai d’abord travaillé dans la supervision bancaire puis dans l’audit interne. En 2019, j’ai passé le concours de l’Inspection. Je suis actuellement en mobilité post-concours, durant laquelle j’ai souhaité rejoindre le service de gestion financière de la Direction Financière, pour m’occuper d’investissement responsable. Par ailleurs, j’ai eu le plaisir d’enseigner l’économie à Paris Dauphine pendant quatre ans.

Entrons dans le vif du sujet. Qu’est-ce que l’investissement responsable ? Plus largement, en quoi consiste le travail quotidien du pôle Investissement Responsable de la Banque de France?

L’investissement responsable consiste à appliquer une stratégie responsable dans la gestion de portefeuilles d’actifs. À la Direction Financière de la Banque de France, nous gérons deux portefeuilles dont nous avons la pleine et entière responsabilité : un portefeuille adossé à nos fonds propres et un autre adossé à nos engagements de retraite. Ce ne sont donc pas les portefeuilles d’actifs détenus au titre de la politique monétaire, dont la responsabilité relève de l’Eurosystème (banques centrales de la zone euro + Banque centrale européenne). Nos deux portefeuilles, constitués d’actions, d’obligations souveraines et d’obligations d’entreprises, représentent environ 23 milliards d’euros. Le travail du pôle Investissement Responsable consiste à appliquer la stratégie d’investissement responsable de la Banque de France à leur gestion. Il s’agit essentiellement de réduire l’exposition aux risques climatiques, d’améliorer l’impact socio-environnemental des portefeuilles, mais également d’être actif dans les groupes de travail européens et internationaux de banques centrales sur ces sujets.

Comment s’organise la stratégie de la Banque de France en matière d’investissement responsable ?

La stratégie d’investissement responsable de la Banque de France s’est construite à partir de 2018. À la suite de l’Accord de Paris, la Banque de France a fondé en 2017 un réseau de banques centrales et de superviseurs financiers (le NGFS : Network of Central Banks and Supervisors for Greening the Financial System) qui est une sorte de forum de banques centrales et superviseurs financiers du monde entier, qui comprend désormais plus de quatre-vingts membres et qui vise à contribuer au verdissement du système financier. En parallèle, nous avons voulu appliquer à nos propres portefeuilles une stratégie d’investissement responsable. C’est ainsi qu’en 2018, nous avons établi une Charte, par laquelle nous nous sommes engagés sur deux points principaux : l’intégration des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (dits enjeux ESG) dans notre gestion, ainsi que la publication annuelle d’un rapport dédié à l’investissement responsable, afin d’assurer la transparence de notre démarche. Début 2019, nous avons défini le contenu de la stratégie d’investissement responsable que nous allions adopter. Elle s’articule autour de trois grands axes.

D’abord, un axe dédié au climat, car cela nous semblait être la première urgence. Cet axe consiste à s’aligner sur l’Accord de Paris de 2015, ce qui passe par deux choses. D’une part, nous calculons la température induite de nos portefeuilles d’actifs – et plus précisément de la poche actions de nos portefeuilles – en tenant compte de la trajectoire d’émissions carbone des entreprises dont nous achetons les actions. Si des entreprises ne réduisent pas suffisamment leurs émissions, nous ne les finançons pas (ou moins), l’objectif étant d’aligner nos portefeuilles sur une trajectoire de réchauffement climatique inférieur à 2°C. D’autre part, nous souhaitons contribuer au financement de la transition énergétique et écologique. Pour cela, la Banque de France achète des obligations vertes souveraines et quasi-souveraines, et souscrit dans des fonds dédiés au financement de la transition énergétique : production d’énergies renouvelables, rénovation énergétiques de bâtiments, réduction de pollutions marines, entreprises développant des innovations liées par exemple aux villes intelligentes, au stockage de l’énergie ou à la gestion des déchets. 

Ensuite, un axe plus large, qui couvre tout l’ESG : nous excluons 20% de notre univers d’investissement actions sur la base de critères et de scores ESG. Ces critères, ce sont notamment le respect de la règlementation internationale en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, le non investissement dans les entreprises impliquées dans les armes controversées, le non investissement dans les entreprises qui ne respectent pas le droit international du travail, mais également le non investissement dans certaines entreprises impliquées dans les énergies fossiles : nous allons notamment sortir complètement du secteur du charbon d’ici 2024, et plafonner strictement le pétrole, le gaz et les hydrocarbures non conventionnels.

Enfin, un axe qui concerne ce que l’on appelle, dans le monde de la gestion d’actifs, l’engagement, c’est-à-dire le fait d’influencer les entreprises dont on achète les titres. Pour cela, en tant qu’actionnaire nous nous sommes dotés d’une politique de vote qui intègre des dispositions extra-financières. Nous attendons par exemple des entreprises dont nous achetons les actions qu’elles publient des informations sur l’impact environnemental de leurs activités, qu’elles aient au moins 40% de femmes à leur conseil d’administration, qu’elles intègrent leur performance environnementale à la rémunération de leurs dirigeants, etc.

En plus de ces trois axes, nous calculons un ensemble d’indicateurs de performance climatique et ESG de nos portefeuilles : les émissions carbone des entreprises et souverains en portefeuille, la part verte (activités durables au sens de la taxonomie verte européenne) et la part brune (énergies fossiles) de nos portefeuilles, l’exposition aux risques climatiques physiques et de transition, le score ESG moyen, ainsi que des indicateurs sociaux et des indicateurs liés à la biodiversité. Nous publions l’ensemble de nos résultats dans notre rapport annuel d’investissement responsable.

Enfin, nous souhaitons être très présents dans le NGFS, dont la Banque de France assure le secrétariat permanent, notre objectif étant d’encourager un maximum de banques centrales à développer des stratégies d’investissement responsable et à en publier les résultats. Nous sommes également très impliqués dans le groupe de travail de l’Eurosystème sur l’investissement responsable, qui vient d’ailleurs d’adopter une position commune sur le sujet : toutes les banques centrales de l’Eurosystème se sont engagées à mettre en œuvre des stratégies d’investissement responsable et à en rendre compte dès l’année prochaine ou début 2023 au plus tard. C’est donc un vrai mouvement d’ampleur qui s’amorce.

Concrètement, sur quels critères s’appuie la Banque de France pour déterminer si un investissement est ou non responsable ? 

Un investissement sera considéré comme responsable en application de la stratégie que nous avons élaborée. Celle-ci est une combinaison de différentes approches : exclusions de certaines entreprises, surpondération ou sous-pondération d’autres, investissement thématique, intégration ESG et engagement. Nous appliquons ces approches dans une double optique, que l’on nomme la double matérialité. Cela signifie que l’on souhaite d’une part tenir compte de l’impact des risques climatiques et ESG sur nos portefeuilles d’actifs et d’autre part de l’impact de ces portefeuilles sur l’environnement. C’est d’ailleurs pour cela que nous suivons l’ensemble des indicateurs que je mentionnais plus tôt. C’est l’ensemble de ces éléments qui nous permettent de considérer un investissement comme responsable.

Pour revenir notamment sur les axes climat et ESG que vous évoquez, la Banque de France a récemment durci sa politique en la matière en annonçant diverses mesures dans une communication du 18 janvier 2021. Pouvez-vous nous en dire davantage sur les grandes orientations adoptées ?

Plusieurs mesures ont été annoncées par le gouverneur Villeroy de Galhau, qui concernent les énergies fossiles. D’abord, notre politique en matière de charbon a été durcie. En effet, initialement, nous excluions les entreprises dont le chiffre d’affaires dépendait à plus de 20% du charbon. Ce seuil a été abaissé à 2% dès cette année et la Banque de France s’est engagée à ce qu’il atteigne 0% en 2024. C’est une décision forte car, d’une part les institutions financières visent plutôt 2030/2040 (quand elles annoncent une date de sortie), et d’autre part beaucoup d’entreprises ont une petite part de leur chiffre d’affaires qui est liée au charbon. Le seuil de 20% ne permettait donc pas de les exclure.

Par ailleurs, la Banque de France s’est aussi engagée à appliquer des seuils d’exclusion s’agissant du pétrole et du gaz, avec une exclusion de toutes les entreprises dont le pétrole représente plus de 10% du chiffre d’affaires et de 50% pour le gaz. Ce sont les seuils définis au niveau européen, par un règlement de 2019 qui a fixé une définition des indices de référence pouvant être considérés comme durables. Ces derniers sont de deux types : les indices de référence « transition climatique » et les indices de référence « alignés sur l’Accord de Paris ». Un acte délégué est venu préciser ce règlement, définissant tout une série de critères, parmi lesquels les seuils précédemment évoqués, qui s’appliquent aux indices de référence « alignés sur l’accord de Paris ».

En plus de ces seuils, nous avons souhaité ajouter un seuil spécifique sur les hydrocarbures non-conventionnels (pétrole de schiste, gaz de schiste, sables bitumineux, exploration/exploitation en zone arctique ou en eaux profondes) : nous avons décidé d’exclure toutes les entreprises dont le chiffre d’affaires dépend à plus de 10% de ces hydrocarbures non-conventionnels.

Enfin, nous avons également pris des mesures s’agissant des nouveaux projets en matière d’énergies fossiles : en tant qu’actionnaire, la Banque de France s’oppose maintenant à tout nouveau projet de développement lié aux énergies fossiles.

Les seuils fixés en matière de pétrole et de gaz vont-ils être amenés à évoluer rapidement pour atteindre, comme pour le charbon, 0% ? Le cas échéant, à quelle échelle de temps ?

Ces seuils résultent du règlement européen précédemment évoqué, sur lequel nous avons voulu nous aligner. Pour l’instant, ce sont donc ces seuils que nous retenons. Peut-être qu’à terme, nous les durcirons mais actuellement, nous n’avons pas défini d’autres étapes que celles annoncées. Il faut que notre politique soit lisible pour que les entreprises et fonds d’investissement la comprennent ; il faut donc annoncer une politique durable sur quelques années.

Cette stratégie d’investissement responsable de la Banque de France porte sur ses investissements propres : ses fonds propres et sa caisse de retraites. Pensez-vous qu’il serait possible d’étendre cette stratégie aux actifs qu’elle détient dans le cadre de la politique monétaire de la Banque centrale européenne ?

C’est l’un des enjeux de la revue stratégique initiée par Christine Lagarde, qui est convaincue qu’il faut verdir la politique monétaire. À la Banque de France, nous en sommes également convaincus : dans un discours du 11 février dernier, le gouverneur Villeroy de Galhau a souligné la nécessité de verdir la politique monétaire, notamment via les achats d’actifs (achats de titres financiers sur les marchés) et via le collatéral (actifs déposés par les banques auprès de la BCE en garantie de leurs opérations de refinancement).

Les choix seront faits au niveau européen, avec tous les gouverneurs des banques centrales de la zone euro, nous ne pouvons donc préjuger du résultat de cette revue stratégique. Mais nous avons de grands espoirs, et en tout cas la Banque de France soutient activement ce mouvement.

Pour revenir sur ce discours de Monsieur Villeroy de Galhau, pensez-vous que la prise en compte du risque climatique par l’Eurosystème dans ses programmes d’achat d’actifs et dispositifs d’acceptation de garanties au refinancement puisse constituer un outil puissant d’accélération de la décarbonation de l’économie ? Par ailleurs, Monsieur Villeroy de Galhau soutient que cela pourrait être mis en œuvre d’ici 3 à 5 ans. Pensez-vous que cette échelle de temps – l’Union européenne devant réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 60% d’ici 2030 – soit suffisamment ambitieuse ?

C’est évidemment un levier très puissant puisque les montants en jeu sont colossaux. Maintenant, nous nous mobilisons à la Banque de France pour aller le plus vite possible, mais cela relève de la revue stratégique de l’Eurosystème et il faut que tout le monde soit d’accord. La revue stratégique implique plus largement un travail très lourd de travaux de recherche, d’études… Cela ne peut donc se faire du jour au lendemain. Même au niveau de nos propres portefeuilles d’ailleurs, cela se fait sur la durée. Un exemple : il faut des prestataires de données pour calculer nos performances climatiques et ESG, et ainsi modifier la composition de nos portefeuilles, ce qui permet in fine d’améliorer l’impact de nos actifs. Or la simple sélection de prestataires de données a impliqué une procédure d’appel d’offres lourde, qui a pris plusieurs mois.

Quels pourraient être selon vous les autres leviers sur lesquels pourrait jouer la Banque de France, et plus largement les banques centrales, pour agir face au changement climatique ?

D’abord, la gestion responsable des portefeuilles d’actifs est un sujet clé, encore une fois compte tenu des montants en jeu. Ensuite, il y a le levier du partage de connaissances et d’expériences : c’est l’objet du NGFS et des groupes de travail Eurosystème. Il y a évidemment la politique monétaire, cœur de métier des banques centrales.

Mais il y aussi d’autres activités : je pense en particulier à la supervision financière. En France, l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR), qui supervise les banques et assurances françaises, est rattachée à la Banque de France, et elle intègre elle aussi les enjeux climat et ESG dans sa supervision. Par exemple, fin 2020, elle a publié un rapport conjoint avec l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) sur les politiques charbon des banques, assurances et sociétés de gestion, puis un rapport plus large sur les engagements climatiques de ces institutions. Sur ce point d’ailleurs, la loi de 2015 sur la transition énergétique pour une croissance verte a posé par son article 173 l’obligation pour les investisseurs institutionnels français de publier des informations sur la façon dont sont intégrés les enjeux ESG dans leur gestion d’actifs ; l’ACPR y veille donc. Cette disposition sera remplacée en mars 2021 par l’article 29 de la Loi Énergie Climat, qui ajoutera un certain nombre d’exigences. La réglementation européenne intègre elle aussi ce type d’obligations désormais (c’est le règlement dit « disclosure », qui vient d’entrer en application) ; l’ACPR est d’ailleurs impliquée dans leur élaboration au niveau européen.

Enfin, plus largement, comme toute institution, la Banque de France doit intégrer les sujets climatiques et ESG à l’ensemble de ses activités opérationnelles : par exemple, elle calcule et réduit les émissions de carbone liées à ses activités (déplacements des collaborateurs, fabrication des billets, etc.) et veut atteindre la neutralité carbone dès 2030, comme nous venons de l’annoncer dans notre nouveau plan stratégique.

Pour terminer, y a-t-il des éléments autres que ceux évoqués et qui vous semblent importants dans le cadre de l’action de la Banque de France en matière d’investissement responsable ?

Je pense que dans les sujets fondamentaux aujourd’hui, il y a la biodiversité. C’est un aspect auquel le monde économique et financier n’a pas suffisamment réfléchi jusqu’à présent. Je suis persuadé que nous avons un rôle majeur à jouer dans ce domaine et il faut donc s’emparer du sujet. Pour le secteur financier, cela implique de répondre à plusieurs questions. D’abord, comment mesurer l’impact des flux financiers sur la biodiversité ? Cela n’est pas évident, nous manquons de données et nous ne pouvons pas attendre d’avoir des informations exhaustives pour agir. Ensuite, comment contribuer, en tant que financier, à réduire les principaux facteurs de perte de biodiversité : la destruction ou altération de l’habitat, l’exploitation directe, le changement climatique, les pollutions ainsi que les espèces exotiques envahissantes ? Ce n’est pas évident non plus. Par exemple, sur le premier facteur (destruction ou altération de l’habitat), où faut-il placer le curseur ? Si l’on prend le cas de la déforestation en Amérique du Sud pour planter du soja, qui va nourrir des élevages bovins, qui nourrissent eux-mêmes l’Europe : à quel niveau intervenir ? En excluant les investissements dans l’entreprise qui exécute la déforestation ? Dans celle qui plante la culture de soja ? Dans celle qui élève les bovins ? Dans celle qui vend la viande concernée ? C’est une question complexe… Cela constitue pour moi l’un des chantiers majeurs pour les financiers et gestionnaires d’actifs aujourd’hui.

Au-delà de la seule biodiversité, l’enjeu de la qualité des données est crucial. On ne peut pas mettre en place une stratégie d’investissement responsable sans des données climat et ESG de qualité, c’est-à-dire rendant compte fidèlement et précisément de l’impact des entreprises et États sur l’environnement. Ces données nous sont aujourd’hui fournies par des prestataires spécialisés. Dans le cadre de notre stratégie d’investissement responsable, nous faisons appel à plusieurs fournisseurs : l’un pour les données relatives à l’impact climatique de nos portefeuilles d’actifs, un autre pour les scores ESG, un autre pour notre exposition aux risques climatiques physiques, et un autre encore nous aide à préparer nos votes en assemblées générales d’actionnaires. Nous sommes contraints de nous appuyer sur eux pour prendre des décisions en conscience. Et pour que les données qu’ils nous fournissent soient fiables et exhaustives, il faut en amont que les entreprises publient elles-mêmes des informations de qualité. D’où le travail des législateurs français et européen, qui posent des obligations de publication en matières climatique et environnementale (Loi de 2015 devenue Loi Énergie Climat, Règlement européen sur la Taxonomie, le Règlement européen Disclosure, Directive NFRD…). 

Propos recueillis par Audrey Bonval

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