Le monde de l’après-COVID : la vision des français de l’économie (JECOs)

A l’occasion des Journées de l’économie (JECOs) dont nous sommes partenaires, Easynomics collabore avec les étudiants de l’Institut Pratique de Journalisme de Dauphine. Dans son sondage annuel « Les Français et l’Economie » publié à l’occasion des JECOs, la Banque de France traduit la vision des français de l’économie dans l’ère du monde post-COVID.

L’après-COVID, un monde pas si différent

Alors que la pandémie semble décliner et que la grande majorité de la population française est vaccinée, l’heure est au bilan des habitudes économiques durant la crise. Quelles pratiques déjà existantes se sont développées ? Quelles sont celles qui ont émergé ?

Première surprise : le télétravail n’a pas tant modifié que cela le quotidien des Français : seul 1 Français sur 5 désigne le télétravail comme le bouleversement le plus durable dans sa vie courante pendant la crise sanitaire. De plus, si 40% des sondés ont eu recours au télétravail pendant le confinement, seuls 23% continuent à le pratiquer de temps en temps.

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Seuls 23% des actifs continuent à pratiquer le télétravail, soit un peu plus d’un Français sur 5.

Parmi les nouvelles habitudes, un changement dans les modalités d’achat a également été mis en relief par le sondage : au total, 39% des Français admettent que leur façon de consommer a été l’un des deux plus gros changement dans leur vie quotidienne. Sont ainsi concernés les achats par Internet, qui ont évidemment explosé pendant les confinements, mais aussi les moyens de paiement. Les paiements en espèces, par exemple, pourraient avoir décliné par peur de transmettre le virus. Toutefois, ces deux modifications des habitudes de consommation avaient déjà lieu bien avant la crise du COVID-19. Tenir la pandémie pour unique responsable paraît un peu réducteur.

Quelques-uns des sondés ont également expliqué moins emprunter les transports en commun qu’auparavant, et avoir changé de lieu de travail voire même d’habitat suite au COVID-19. De même, 34% des Français ont indiqué avoir davantage épargné pendant la crise sanitaire qu’avant, ce qui constitue une augmentation par rapport à l’année dernière ; on peut y voir une certaine méfiance en l’avenir qui n’existait pas en octobre 2020.

Cependant, ces changements d’habitude doivent être relativisés : à la question « quel a été le changement le plus durable dans votre vie courante pendant la crise du COVID-19 ? », 44% des sondés répondent « aucun ». Ainsi, si le COVID-19 risque de ne pas être oublié de sitôt dans les esprits, son impact dans les comportements économiques des Français semble beaucoup plus léger.

Après la crise sanitaire, les Français s’intéressent moins à l’économie

La Banque de France constate un léger recul de l’intérêt pour l’économie, autre enseignement : l’intérêt croissant pour le financement de la transition écologique…et des retraites.

  • Les Français ne s’intéressent toujours pas beaucoup à l’économie

Le sondage de la Banque de France rapporte que 48% des Français déclarent s’intéresser à l’économie, c’est-à-dire un niveau similaire à 2020. Or, en 2019, ils étaient 54% à se dire intéressés par l’économie. Cette baisse survenue en 2020 laisse supposer un effet de la pandémie sur l’intérêt qu’ils portent à l’économie. Toutefois, ce faible chiffre dépend peut-être également du niveau en économie. En effet, une majorité (55%) déclare avoir un niveau de connaissance moyen en économie, tandis que seuls 15% estiment avoir un niveau élevé. Ainsi, peut-on supposer que les sondés non-intéressés par l’économie sont aussi ceux qui ont le moins de connaissances en la matière.

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Seuls 48% des Français déclarent s’intéresser à l’économie.

Pourtant, nos compatriotes demandent à en savoir plus sur la réforme des retraites, par exemple : c’est le cas de 37% d’entre eux. De même, lorsqu’il s’agit de mesurer le taux d’inflation, rares sont ceux qui se trompent. Le terme « économie », somme toute assez vague, pourrait donc ne pas évoquer grand-chose aux Français ; mais ce désintérêt affiché disparaît lorsqu’il s’agit de sujets qui les concernent.

  • La politique au cœur des préoccupations économiques

Le sondage mesure également les sujets économiques sur lesquels les Français voudraient être davantage informés. Cette année, une nouvelle proposition de réponse a vu le jour : « le vieillissement de la population et le financement des retraites ». N’ayant pas été ajoutée par hasard, c’est elle qui a recueilli le plus gros score. Puisque la réforme des retraites est réapparue récemment dans le débat politique, ce désir de compréhension sur le sujet est certainement imputable à l’actualité. Il en est de même pour la seconde réponse la plus plébiscitée, à savoir la situation de l’Etat et des finances publiques (31%) : suite au plan de relance développé par le gouvernement depuis septembre 2020, ainsi que le soutien massif à l’économie lors des confinements et couvre-feux, une inquiétude concernant les finances de l’Etat est tout à fait compréhensible.

Toutefois, on peut également considérer que ces préoccupations sont en réalité un retour à « l’avant-crise ». Parmi les défis économiques et sociaux à gérer de manière urgente, les interrogés ne sont plus que 12% à citer la crise sanitaire et ses effets, soit 28% de moins qu’en 2020. De plus, si l’on compare les sujets sur lesquels ils voudraient être mieux informés en 2021 avec ceux de 2019, la ressemblance est frappante. Le financement des retraites, certes non abordé par le sondage il y a deux ans, est aussi une préoccupation de 2021 ; la réforme des retraites est beaucoup moins d’actualité aujourd’hui qu’avant la crise.

En 2021, les sujets sur lesquels les sondés semblent être le mieux informés ressemblent très fortement à ceux de 2019, à l’exception de l’emploi où les votes semblent s’être massivement reportés sur le financement des retraites.

  • Les Français encore plus sensibles aux défis majeurs qui les attendent

L’édition 2021 du sondage met en relief les préoccupations écologiques de nos concitoyens. Par exemple, 59% d’entre eux estiment qu’il faudrait s’occuper de manière urgente du changement climatique ; c’est 29% de plus que l’année précédente. Plus important encore, il s’agit selon les sondés, du risque majeur auquel la France est la moins bien préparée.

Le sondage met également en doute le concept de croissance : un tiers des interrogés sont d’accord avec l’affirmation : « Le concept de croissance est dépassé. Il faudrait se fixer des critères et des objectifs de bien-être », et presque autant estiment qu’il faut réorienter la croissance vers des activités bas-carbone.

Autre défi mis en avant par le sondage : l’éducation. Parmi les priorités du renforcement de l’action de l’Etat, les Français citent d’abord une augmentation du budget de l’Education nationale, plutôt quels lutte contre le réchauffement climatique et la lutte contre les inégalités. 

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Alors que la crise climatique est beaucoup évoquée tout au long du sondage, c’est étonnamment l’Education nationale qui arrive en tête des secteurs où l’action de l’Etat est estimée nécessaire.

Pour résoudre ces problématiques, les sondés font confiance en priorité à l’Etat (à 47%) et aux collectivités locales (à 32%). Cependant, une autre question du sondage met en lumière les réponses économiques que les Français proposent d’apporter au dérèglement climatique. Ainsi 54% proposent une réglementation sur les émissions de carbone, tandis que très peu (17%) estiment qu’il faut augmenter les taxes. C’est donc davantage sur la législation que sur la taxation que les Français attendent une réaction de l’Etat.

Les prix de l’énergie inquiètent les Français

Carburants, électricité, gaz, les prix de l’énergie sont fortement orientés à la hausse : +15% depuis octobre 2020 selon l’INSEE. Un constat ressenti, sans surprise, par 60% des Français interrogés à l’occasion du sondage de la Banque de France pour les Jéco.

Pour la plupart des Français, les dépenses énergétiques constituent le deuxième poste de dépense du foyer, juste après le logement. A six mois de la présidentielle – le gouvernement le sait – le sujet est socialement explosif. D’où sa décision de bloquer les prix du gaz, et de limiter ceux de l’électricité jusqu’au printemps prochain. Mi-octobre, Jean Castex a également annoncé la création d’une indemnité carburant de 100 euros, permettant à un peu plus de la moitié des Français de moins subir de plein fouet la hausse des tarifs des carburants.

Les enjeux sont aussi politiques : utiliser plus de carburant ou d’électricité, ce n’est pas très écologique ! C’est pourquoi le gouvernement n’a pas retenu la solution de baisse provisoire des taxes sur les carburants. Une hypothèse écologiquement peu défendable, sans compter une énorme perte de recettes pour l’Etat (cinq milliards d’euros en moins pour une baisse de 10 centimes par litre).

  • L’inflation clairement ressentie

Plus globalement, dans le sondage de la Banque de France, 87% des sondés estiment que les prix ont grimpé depuis octobre 2020, et 67% arrivent à chiffrer précisément cette inflation.

87% des sondés estiment que les prix en France ont augmenté en un an 

Et les efforts du gouvernement n’ont pas permis d’éviter une tendance au pessimisme : 88% sont persuadés que les prix du gaz, de l’électricité et des carburants vont continuer à augmenter d’ici un an. Une prédiction d’autant plus pessimiste que pour la grande majorité d’entre eux, il s’agira d’une hausse de plus de 2%.

Les Français d’ailleurs ne s’y trompent pas : la grande majorité des sondés déclare avoir ressenti une telle hausse, supérieure à 2%. Ce que confirment les chiffres officiels : l’inflation a été estimée à 2,2% sur les douze derniers mois. Les sondés ont donc beau déclarer se désintéresser de l’économie, on peut constater que leur perception de l’économie réelle, celle qui a des effets concrets sur leur porte-monnaie, est tout à fait conforme à la réalité. Les Français ne se désintéressent peut-être pas autant de l’économie que ce qu’ils veulent bien affirmer.

Marine Salaville

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