Les monnaies locales complémentaires : pourquoi faire ? Objectifs, potentiel et limites

Eusko, Abeille, Bou’sol, Epi, WIR, Fureai Kippu, de nombreux pays possèdent une diversité monétaire riche : monnaies locales complémentaires, systèmes de dettes mutuelles dédiés aux petites et moyennes entreprises, monnaies-temps, monnaies à vocation environnementales, etc… font désormais partie du paysage monétaire même s’ils tardent à se développer massivement. Quelles sont ces monnaies ? Sont-elles utiles et intéressantes ? Qu’apportent-elles ?

Des monnaies locales complémentaires : pourquoi faire ?

Les monnaies locales complémentaires ont été mises en avant ces dernières années notamment grâce au film Demain (2015) de Cyril Dion et Mélanie Laurent, et grâce au vote de la loi du 31 juillet 2014 relative à l’Economie Sociale et Solidaire. Les partisans des monnaies locales évoquent des avantages nombreux.

Parmi ceux-ci, les monnaies locales complémentaires sont dites contributrices à la résolution des enjeux contemporains : crise écologique, crise sociale et crise de la démocratie. Selon ses partisans, elles permettraient de dynamiser l’activité économique locale, d’encourager des consommations et des productions vertueuses sur les plans écologiques, sociaux et locaux. Elles créeraient des tissus de solidarité dans les territoires et rapprocheraient les producteurs des consommateurs. Elles promouvraient des relations de confiance entre des particuliers et des entreprises partageant des valeurs communes, qui ne semblent plus incarnées par la monnaie nationale (l’euro). Cette relation de confiance associée au dynamisme local accru renforcerait la résilience des territoires. Elles donneraient une valeur sociale à des activités aujourd’hui parfois trop peu valorisées financièrement et préserveraient les entreprises locales des aléas des cycles économiques. 

Plus largement, les monnaies locales sont vues comme des outils de cohésion des territoires. Passant d’une compétition de territoires centrée sur l’émergence de pôles d’attractivité, généralement proches des grandes métropoles, les monnaies locales changeraient la conception économique des territoires. Ceux-ci seraient désormais vus comme des bassins de vie où les échanges locaux vertueux sont valorisés selon les aspirations des citoyens eux-mêmes. 

Fondamentalement, les monnaies locales proposeraient aux citoyens une réappropriation démocratique du rôle de la monnaie dans nos sociétés. Les citoyens contribueraient à la rédaction de la charte éthique sous-jacente à l’adhésion de telles ou telles entreprises dans le réseau de la monnaie locale. Grâce à celle-ci, ils influenceraient démocratiquement les habitudes de consommation et de productions, selon leurs critères éthiques, écologiques, sociaux, etc…, c’est-à-dire, selon leurs aspirations. 

Mais qu’en est-il réellement ? Les monnaies locales complémentaires ont-elles vraiment le potentiel de résoudre la crise écologique, sociale et démocratique ? C’est-ce que nous allons voir ensemble. 

Les monnaies locales complémentaires : qu’est-ce que c’est ?

Une monnaie locale et complémentaire est une monnaie alternative mise en place dans un territoire limité, qui permet d’obtenir des biens et des services respectant une charte écologique et sociale. En général, elle n’est pas thésaurisable (on ne peut pas l’accumuler au lieu de la dépenser), afin d’éviter des logiques d’épargne et de spéculation. 

Ces monnaies peuvent être à ce titre fondantes, c’est-à-dire qu’un montant de monnaie locale peut diminuer à partir d’une certaine durée de non-utilisation. Dans la plupart des cas, si un billet de monnaie locale n’est pas utilisé en 3 ou 6 mois, il perd 2% de sa valeur. C’est le cas de l’Abeille (Villeneuve-sur-Lot) (2% tous les 6 mois) ou de Le sol violette (Toulouse) (2% tous les 3 mois) 1

Leur principe consiste à protéger et à soutenir la production et l’échange de biens et de services locaux tout en créant du lien et des solidarités. Cette monnaie, complémentaire à la monnaie officielle, ne peut pas sortir du tissu économique local. Elle ne financera jamais un produit fabriqué en Asie par une multinationale et ne finira pas en dividendes dans la poche d’un actionnaire. A ce titre, elle se distingue de l’euro, monnaie dite fongible, qui permet d’acheter du charbon aussi bien que de payer un service de garderie. 

Les expériences de monnaies locales et complémentaires (MLC) se sont multipliées en France depuis les années 2010, avant d’être reconnu légalement par la loi du 31 juillet 2014 relative à l’Economie Sociale et Solidaire. Depuis la première née du côté du Lot-et-Garonne en 2010, « l’Abeille », 81 autres monnaies sont apparues en France, dont l’Eusko (Pays basque), le Bou’sol (Boulogne-sur-mer), l’I Soldi Corsi (Corse) ou encore le Moneko (Nantes). Ces monnaies fédèrent aujourd’hui 10 000 entreprises et associations, 40 000 adhérents particuliers et une cinquantaine de collectivités8, 9. L’équivalent de 5 millions d’euros de monnaies locales sont aujourd’hui en circulation en France9

L’Eusko fait figure de réussite : avec ses 2,5 millions d’Eusko en circulation au printemps 2021, elle comporte dans son réseau 1 100 professionnels, 4 000 utilisateurs particuliers, 28 communes et la Communauté d’Agglomération Pays basque2. Elle se démarque notamment par son innovation digitale : il est désormais possible d’utiliser l’application Euskopay pour digitaliser les paiements aux commerçants. 

Avec l’Eusko, les achats en monnaies locales sont également solidaires puisqu’ils contribuent à financer le tissu associatif local : un montant égal à 3% des achats en MLC est reversé par l’association Eusko à l’association de son choix, à condition qu’elle ait au moins 30 parrains. Ainsi, depuis ses débuts, l’Eusko a reversé plus de 130 000 euskos à 60 associations11.

Comment ces monnaies sont-elles créées ?

Les monnaies locales complémentaires sont convertibles à parité avec la devise nationale (à savoir l’euro), sans taux de variation possible. Un Eusko vaut ainsi un euro. Il est par conséquent impossible de procéder à une politique d’inflation ou de déflation locale. Autrement dit, l’Etat garde la main sur la valeur de ces unités de change. 

L’émission de monnaie locale et complémentaire se fait par conversion entrante. Les particuliers transfèrent des euros sur le compte bancaire de l’association gestionnaire de la monnaie locale, et reçoivent des unités de monnaie locale en échange. 

L’argent en euros entrants est stocké sur un compte auprès d’une banque, généralement éthique (la Nef, le Crédit Coopératif). Celui-ci sert de fonds de garantie : il assure que toute personne détentrice de monnaie locale puisse récupérer des euros à partir de monnaies locales. Néanmoins, la banque (éthique) peut utiliser ce stock d’argent pour investir dans des projets (éthiques), comme le font les autres banques. A partir d’un euro, on obtient alors un euro stocké dans une banque éthique et une unité de monnaie locale complémentaire. On parle de « dédoublement de la monnaie ». 

La destruction de monnaie locale complémentaire se fait par conversion sortante, c’est-à-dire en convertissant des unités de monnaie locale en euros. Une commission à la conversion (généralement un pourcentage du montant converti) est souvent requise pour transformer ces unités complémentaires en euros, afin d’encourager les détenteurs d’unités de monnaies locales à les utiliser dans le réseau local. C’est le cas de l’Eusko (Pays basque) (5% de commission), de l’Abeille (Villeneuve-sur-Lot) (2%) ou encore de La Luciole (Ardèche-Sud) (1%)1

Contrairement à l’euro, il n’existe pas de banques privées pouvant créer de la monnaie locale complémentaire ex nihilo, c’est-à-dire grâce au crédit. La création monétaire se fait uniquement par conversion entrante. D’autres systèmes de monnaies locales, comme les systèmes de dettes mutuelles (le WIR en Suisse ou le Sardex en Sardaigne par exemples), permettent cependant une création monétaire ex-nihilo

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Circulation d’une monnaie locale complémentaire (source : SOL)7

Quel rôle pour les pouvoirs publics ?

Les organismes publics pourraient contribuer au développement des monnaies locales complémentaires. Une mairie pourrait par exemple développer ses dépenses en monnaie locale afin de stimuler l’économie locale. La part d’une subvention, d’une facture, d’un salaire ou d’une indemnité d’élu pourrait ainsi être payée en monnaie locale afin d’être dépensée à son tour dans les entreprises du réseau. Le maire de Birstol, en Angleterre, se fait ainsi payer en Bristol Pound

Les collectivités locales pourraient aussi permettre aux utilisateurs de payer des services communaux publics en monnaie locale (poste, énergie, impôts, taxes). A Bristol, les habitants peuvent en effet payer leurs impôts et taxes en monnaie locale. En Bavière, le paiement électronique en monnaie locale (chiemgauer) a été institué, rendant possible le règlement par virement de sa facture d’électricité pour le courant produit par la centrale locale. Cependant, cela n’est pas possible aujourd’hui en France. 

Les collectivités locales pourraient enfin mettre un local à disposition des gestionnaires de la monnaie locale, voire distribuer une indemnité ou des subventions. Elles pourraient aussi assurer, par la puissance publique, le fonds de garantie. 

Les monnaies locales : vraiment efficaces ?

Les monnaies locales et complémentaires semblent se développer rapidement : elles fédèrent aujourd’hui 10 000 entreprises et associations, 40 000 adhérents particuliers et une cinquantaine de collectivités. L’équivalent de 5 millions d’euros de monnaies locales sont aujourd’hui en circulation en France. Mais arrivent-elles réellement à remplir leurs objectifs ?

Les objectifs de la monnaie locale sont de dynamiser l’économie locale, de l’orienter vers des pratiques vertueuses (écologiques, sociales), de tisser des relations solidaires, et de faire vivre la démocratie locale. Qu’en est-il réellement ?

Dynamiser l’économie locale. Les monnaies locales complémentaires sont efficaces à ce titre : un paiement en MLC génèrerait 1,25 à 1,55 fois plus de revenus pour le territoire qu’un paiement en euro7. Dans le Pays basque, terre de l’Eusko, 56% des professionnels du réseau ont pris au moins un nouveau fournisseur local, et 84% n’ont jamais eu à reconvertir d’Eusko, signe que l’Eusko circule2. Près de la moitié des utilisateurs de l’Eusko (48%) déclarent acheter davantage en direct auprès des producteurs qu’ils ne le faisaient avant de passer à l’Eusko, et plus généralement, 72% déclarent avoir augmenté leur consommation de produits locaux2

Les monnaies locales semblent circuler plus rapidement. Une unité monétaire locale changerait de mains en moyenne 6 fois dans l’année, contre 1,4 fois pour un euro3. Cela revient à dire que les 2,5 millions d’Euskos utilisés auraient généré une valeur d’environ 12 millions d’équivalents euros en un an sur ce territoire. 

Orienter l’économie vers des pratiques vertueuses (écologiques, sociales). A ce titre, au niveau national, les utilisateurs de MLC sont 69% à se déclarer se rendre moins qu’avant dans les grandes surfaces, et plus de la moitié (51%) des utilisateurs déclarent avoir diminué leurs achats en ligne2. Dans l’hexagone, 22% des professionnels adhérents à une MLC estiment qu’elle a eu un effet visible sur leur chiffre d’affaires2.

Tisser des relations solidaires. Les MLC semblent créatrices de lien social. Au sein des réseaux de MLC émerge généralement un sentiment d’appartenance à une communauté et des valeurs partagées, ce qui se traduit par le développement de nouvelles relations. Ainsi, 81% des utilisateurs de l’Eusko disent aller prioritairement chez les professionnelles du réseau, et 83% recommandent autour d’eux les professionnels qui acceptent l’Eusko2. Les liens entre particuliers et professionnels se renforcent par l’usage de la monnaie : les deux tiers des particuliers affirment avoir plus tendance à discuter avec les professionnels qui acceptent la monnaie locale qu’avec les autres2. Par ailleurs, une solidarité et un lien social semblent s’exprimer entre les professionnels du réseau : 80% d’entre eux ont déjà recommandé un confrère qui accepte la monnaie locale, et près d’un tiers disent le faire souvent2.

Par ailleurs, les commissions lors des transactions Eusko par exemple permettent également de financer des associations agissant dans le domaine social. 

Les gestionnaires des monnaies locales organisent également régulièrement des activités de communication et de sensibilisation aux produits du terroir, aux entreprises locales, etc… et offrent des formations sur les monnaies locales aux maires. Cela contribue à l’enrichissement du tissu social. 

Faire vivre la démocratie locale. Les adhérents au réseau d’une monnaie locale contribuent démocratiquement à la rédaction et à l’évolution de la charte écologique et sociale régissant les entrées dans ce réseau. Ce faisant, ils se réapproprient l’usage et le potentiel de la monnaie. Ils s’impliquent donc dans la vie de leur territoire de façon démocratique. 

Les conditions d’existence des monnaies locales

Pour que les monnaies locales complémentaires se développent, la confiance des citoyens envers le caractère éthique de celles-ci est essentielle. S’ils ont l’impression que celles-ci servent finalement à favoriser des secteurs, des pratiques ou des intérêts qu’ils ne trouvent pas souhaitables, ils risquent fort probablement de s’en détourner, occasionnant la disparition de la monnaie locale. On parle de « confiance éthique ». Les monnaies locales complémentaires sont en effet légitimées par une conception collective du bien commun. 

Ensuite, les citoyens doivent avoir confiance en la capacité à utiliser concrètement cette monnaie. Les systèmes de paiement et de comptes en unités locales complémentaires doivent être opérationnels et sans faille. Si l’utilisateur a le sentiment qu’il pourrait perdre son argent à cause de dysfonctionnements techniques, il y a de forte chance qu’il s’en détourne. L’usage de la monnaie locale doit également être facile et pratique, d’où l’intérêt de développer des moyens de paiement digitaux (en ligne), par carte bancaire et par espèce. On parle de « confiance méthodique ». 

La taille de l’économie locale dans lequel s’insère la monnaie complémentaire doit être limitée mais suffisamment grande pour assurer la pérennité de celle-ci. Si la monnaie locale est peu répandue, les entrepreneurs ou les particuliers peuvent être découragés de l’acquérir par peur de ne pas pouvoir la dépenser après. Si la monnaie locale opère sur un territoire trop grand, les spécifiés locales disparaissent, ainsi que le sentiment d’appartenir à une communauté géographique. La gouvernance de la monnaie devient plus difficile (car elle est démocratique) et elle pourrait supplanter l’euro à l’échelle nationale, alors qu’elle doit rester complémentaire. 

L’émission de monnaie locale complémentaire doit être limitée, par exemple aux conversions entrantes, pour éviter des épisodes de déflation ou d’inflation locale. En 2002, la liquidité du credito (une monnaie locale créée en 1995 en Argentine) était devenue trop abondante suite à une prolifération de faux billets, ôtant toute crédibilité à la monnaie locale. L’inflation subséquente avait provoqué le retrait en masse des participants4

Les limites des monnaies locales

Les monnaies locales ont du potentiel et semblent répondre à leurs objectifs, mais elles restent néanmoins limitées. Même si l’équivalent de 5 millions d’euros de monnaies locales sont aujourd’hui en circulation en France, avec une vitesse de rotation d’environ 6 dans l’année, les monnaies locales complémentaires ne semblent aujourd’hui pas encore suffisamment utilisées pour réorienter véritablement la direction de l’économie. Des investissements colossaux semblent en effet nécessaires pour parvenir à la décarbonation de notre économie, et la réorientation des consommations et des productions semble nécessaire mais non suffisante. 

Les monnaies locales et complémentaires ne semblent pas suffisamment utilisées aujourd’hui selon ses partisans. Elles semblent être l’apanage de citoyens déjà engagés mais peinent à convaincre l’ensemble des Français. Des campagnes de communication, de sensibilisation, d’explication, ainsi que des moyens de paiement digitaux et par carte, semblent alors nécessaires pour aider au développement de ces monnaies complémentaires.  

En outre, une limite importante est la lente relocalisation d’une partie de la production. Une entreprise membre d’un réseau de MLC peut récupérer de la MLC en échange de la vente d’un bien ou d’un service. Elle peut ensuite récupérer des euros si elle le souhaite, même si elle a une pénalité de 5% au moment de la reconversion. Naturellement, la première question des commerçants est « qu’est-ce que je fais avec les MLC après les avoir gagnées ? ». Les promoteurs de la MLC vont leur expliquer qu’ils peuvent la dépenser à leur tour dans le réseau de ses prestataires, mais tandis que certains commerçants s’approvisionnent localement, d’autres le font sur des marchés externes. En règle générale, la part locale des approvisionnements est faible, car notre modèle économique actuel ne valorise pas assez l’économie locale. Ces commerçants peuvent donc difficilement utiliser leurs MLC pour payer leurs fournisseurs directs. Relocaliser la production prendra sûrement du temps, même dans les secteurs qui s’y prêtent le mieux, comme l’agriculture, les énergies renouvelables et les services5

Des réflexions de fond

Souhaitant dynamiser l’économie locale, tisser des solidarités, raviver la démocratie et orienter l’économie vers des pratiques vertueuses, les monnaies locales complémentaires suscitent des réflexions de fond. 

Elles font dans un premier temps s’interroger sur la conception économique des territoires. Souhaitons-nous des territoires vus comme des bassins de vie à vocation locale, à la fois résidentielle, productive et commerciale ? Ou des territoires en compétition les uns avec les autres pour attirer des entreprises, causant une concentration des lieux de production, la désertification de nombreux territoires et la déperdition des villes moyennes ? 

Les monnaies locales complémentaires semblent offrir une alternative à cette logique de concurrence des territoires, qui pousse à la formation de pôles de compétitivité attirés par la proximité des métropoles et des facilités à l’export, au détriment des villes moyennes et de la ruralité. Les monnaies locales permettent de voir les territoires comme des bassins de vie locaux, partageant des valeurs de terroir, d’écologie et de solidarité. En ce sens, elles contribuent à lutter contre la fracture territoriale.  

Les monnaies locales engagent également une réflexion sur le sens de la prospérité. La monnaie doit-elle être un objet d’accumulation comme source de pouvoir et comme finalité ultime ? Ou doit-elle simplement ne rester qu’un vecteur de cohésion économique local, encourageant des pratiques jugées vertueuses par les citoyens ?

En outre, les monnaies locales ouvrent une discussion sur nos besoins et ce qui fait sens dans nos vies. De quoi avons-nous besoin pour être heureux ? Quelles pratiques de production et de consommation souhaitons-nous encourager ? Quel tissu social et solidaire souhaitons-nous voir se développer ? Quelles relations avec les commerçants et les clients souhaitons-nous avoir ? Quelle est la façon la plus soutenable et la plus juste de répondre à nos besoins ? Quelle économie souhaitons-nous bâtir pour nos enfants ?

Les monnaies locales complémentaires aident alors à repenser nos organisations sociales et économiques, à réfléchir à nos modes de vie et de consommation, à distinguer l’essentiel de l’accessoire, le souhaitable du néfaste, à identifier ce à quoi nous sommes prêts à renoncer pour devenir sobres, etc… C’est une invitation à repenser nos besoins essentiels et à la manière d’y répondre de façon soutenable et juste. A redéfinir le sens de nos vies, à s’interroger sur l’avenir et au monde dans lequel on veut vivre et qu’on veut léguer à nos enfants. 

Conclusion

Les monnaies locales et complémentaires remplissent plusieurs objectifs : dynamiser l’économie locale, l’orienter vers des pratiques vertueuses (écologiques, sociales), tisser des solidarités, et raviver la démocratie. Elles souhaitent contribuer en ce sens à résoudre les crises écologiques, sociales et démocratiques de notre temps. Nées en France dans les années 2010, elles ont tendance à se développer même si elles restent encore minoritaires face à l’euro. Des campagnes de communication, de sensibilisation et d’explication semblent nécessaires, tout comme l’appui des collectivités locales et l’innovation digitale (carte bancaire, paiements en ligne), pour les développer. Au fond, les monnaies locales complémentaires appellent à une réflexion sur la conception économique et sociale de nos territoires, sur nos aspirations, nos valeurs. Elles nous aident à repenser les besoins essentiels à notre bonheur, et à la manière d’y répondre de façon juste et soutenable. Elles sont une invitation à s’interroger collectivement sur l’avenir et à réfléchir au monde dans lequel on veut vivre et qu’on veut léguer à nos enfants. Elles permettent aux citoyens de se réapproprier démocratiquement le potentiel de la monnaie pour encourager un bassin de vie local, solidaire et durable. Elles nous aident ainsi à remettre l’économie au service de l’humain et à esquisser ensemble un autre projet de société, à l’aune des enjeux sociaux, démocratiques et environnementaux. 

Matthieu Acker

Sources :

  1. La finance pour tous (2021, juillet). Quels sont les bienfaits espérés d’une monnaie locale ? Article.
  2. Euskalmoneta.org. Les monnaies locales, des monnaies d’intérêt général ! 
  3. Vincent Liegey (2021). Décroissance, Fake or not ? Tana Editions, p.77. 
  4. Michel Aglietta, Natacha Valla (2021). Le futur de la monnaie. Odile Jacob.
  5. Institut Veblen (2018). Monnaies complémentaires, un nouvel outil au service des territoires (3/4). 
  6. SOL (2021). Monnaies locales : Monnaies d’intérêt général. Affiche synthétique.
  7. L’info Durable (2021, juin). Des monnaies locales pour transformer les modes de consommation. Article de presse.
  8. SOL (2021). Les monnaies locales en France
  9. Jérôme Blanc, Marie Fare, Oriane Lafuente-Sampietro (2020, avril). Les monnaies locales en France : un bilan de l’enquête nationale 2019-2020. 
  10. L’info durable (2021). La carte de France des monnaies locales en circulation. 

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