Quel bilan économique pour la Présidence Trump ?

Le 3 novembre 2020, à l’issue d’une campagne chaotique, Joe Biden a remporté les élections présidentielles des Etats-Unis. Cette victoire, qui marque le retour d’un démocrate à la Maison Blanche, sonne aussi la fin de la présidence houleuse de Donald Trump. L’heure est donc venue de faire le bilan du mandat du businessman ; intéressons-nous plus particulièrement à un domaine dans lequel il a multiplié les ruptures avec ses prédécesseurs : l’économie.

Des résultats marquants…

Au cours des 3 premières années de la présidence de Donald Trump, les Etats-Unis ont enregistré un taux de croissance supérieur à 2%. Selon beaucoup d’économistes, dont ceux du Tax Policy Center, think tank spécialisé dans les questions fiscales américaines, ces bons chiffres découlent en partie de la loi « Tax cuts and Jobs Act » promulguée fin 2017. Il s’agit d’une réforme fiscale de grande ampleur destinée à réduire massivement les impôts afin de stimuler l’économie. Cette réforme, qui contenait notamment une baisse du taux d’imposition sur les sociétés de 35 à 21 %, a notamment participé au dynamisme de l’année 2018, qui a connu un taux de croissance de 2,9% du PIB, soit le plus haut niveau depuis la crise de 2008. A titre de comparaison, le taux de croissance de l’Union Européenne s’est élevé à 2,15% en 2018.

De surcroît, la baisse du taux de chômage entamée sous la présidence Obama s’est poursuivie au cours du mandat de Donald Trump. En effet, alors qu’il atteignait 4,9% à la fin de l’année 2016, le taux de chômage est descendu à 3,7% fin 2019 grâce au dynamisme de l’économie américaine.

Le mandat de Donald Trump a également été marqué par une amélioration du niveau de vie des américains. Le PIB par habitant des Etats-Unis a en effet progressé de 11,7% entre 2016 et 2019, alors que sur la même période le taux de pauvreté a significativement reculé en passant de 12,7 à 10,5%. Ce taux, le plus bas depuis le début de la publication des chiffres de la pauvreté en 1959, a été atteint grâce à la croissance économique et au recul du chômage. Néanmoins, de fortes disparités demeurent en fonction de l’origine ethnique. Les minorités ethniques, principalement les Afro-américains (taux de pauvreté de 18,8%) et les Hispaniques (15,7%), sont en effet beaucoup plus touchées par la pauvreté que les Blancs (7,3%). 

Au rang des promesses économiques tenues par Donald Trump on peut citer l’abrogation de la loi Dodd-Frank, texte de régulation bancaire promulgué suite à la crise de 2008, ainsi que le retrait de l’Accord de Paris. Ce dernier était une cible privilégiée du président américain, climatosceptique convaincu et soucieux de dispenser son pays d’efforts environnementaux. 

Ainsi, l’économie américaine a poursuivi avant 2020 son embellie entamée sous la présidence Obama suite à la crise de 2008. Il est donc crucial de souligner que les bons résultats économiques, notamment la croissance du PIB et la baisse du chômage, ne sont pas uniquement imputables aux mesures de Donald Trump mais s’inscrivent dans une dynamique positive plus large. Par ailleurs, la politique économique agressive du président américain, matérialisée notamment par la vaste réforme fiscale de 2017, a fait penser à certains analystes qu’elle pourrait mener à une « surchauffe » de l’économie étant donné le contexte déjà favorable.

… mais également des échecs

Le principal échec économique de Donald Trump réside dans son incapacité à résorber le déficit commercial des Etats-Unis, ce qui constituait pourtant l’une des promesses clés de sa campagne. Pour y parvenir, le businessman comptait rompre avec le multilatéralisme commercial pour mieux promouvoir les exportations américaines. Suite à son arrivée au pouvoir, son aspiration mercantiliste s’est indéniablement traduite par des mesures fortes : retrait de l’Accord de partenariat Transpacifique, renégociation de l’ALENA pour protéger l’industrie américaine, instauration de taxes douanières sur les importations de fer et d’aluminium chinoises… Même si l’excédent commercial de la Chine envers les Etats-Unis s’est contracté de 8,5% en 2019, ces différentes mesures n’ont pas permis d’endiguer la croissance des importations à l’échelle globale. En conséquence, le déficit commercial étasunien s’est creusé en passant de 502 milliards de dollars en 2016 à 617 milliards en 2019, soit +23% en 3 ans. 

D’autre part, Donald Trump a également échoué sur le volet de réduction du déficit public et de la dette fédérales. Le businessman avait en effet promis au cours de sa campagne de couper profondément dans les dépenses de l’Etat fédéral américain. Cependant, il n’est pas parvenu à faire voter l’abrogation de l’Obamacare, qui constituait son principal levier pour réduire les charges. De surcroît, les dépenses militaires ont continué de croître du fait des velléités géopolitiques de l’administration Trump. En conséquence, les dépenses fédérales ont progressé de 11,5% entre 2017 et 2019. Par ailleurs, la loi « Tax cuts and Jobs Act » de 2017 a fait chuter les recettes fiscales. Le Bureau du budget du Congrès Américain estime en effet que cette mesure a engendré un manque à gagner de 270 milliards de dollars (7,5% des recettes fiscales annuelles) rien que pour l’année 2018. Les évolutions contraires des dépenses et des recettes ont creusé le déficit budgétaire et in fine la dette fédérale, passée de 101,6% du PIB en 2016 à 106,7% fin 2019. En guise de comparaison, le ratio dette publique/PIB de l’Union Européenne s’élève à 77,8% à fin 2019. 

En outre, plutôt que de tenter de rétablir les finances des Etats-Unis à la source, Donald Trump a fait tout au long de son mandat pression sur la FED, la Banque Centrale Américaine, pour qu’elle baisse ses taux directeurs afin de diminuer le fardeau du service de la dette fédérale. Longtemps résiliente, la FED a finalement capitulé en 2019 en abaissant ses taux de 2,5% à 1,5%.

Un bilan remis en cause par la crise sanitaire

En définitive, Donald Trump n’est pas parvenu à tenir certaines de ses promesses électorales, mais les Etats-Unis ont enregistré au cours de sa présidence une amélioration significative d’indicateurs économiques clés (croissance, taux de chômage, taux de pauvreté…), très « vendeurs » auprès des électeurs. En conséquence, le businessman voulait faire de son bilan économique son principal argument de campagne pour les élections de 2020. Ses plans ont cependant été totalement déjoués par la pandémie du Covid-19, vectrice d’une crise économique brutale qui a ruiné en à peine quelques mois des années de croissance. Les Etats-Unis devraient ainsi connaître une récession comprise entre 5 et 6% du PIB pour l’année 2020. Le taux de chômage a lui explosé, jusqu’à tutoyer les 15% au plus fort de la crise en avril. Conséquence directe de cette explosion du chômage, les inégalités ont une nouvelle fois progressé et la pauvreté a gagné du terrain après plusieurs années de repli. 

Par ailleurs, la pandémie a plombé les finances de l’état fédéral américain en l’obligeant à multiplier ses dépenses sanitaires et de soutien à l’économie et aux ménages. En conséquence, le déficit budgétaire fédéral devrait s’établir à 15% du PIB en 2020 selon le Trésor américain. La dette fédérale a logiquement connu elle aussi une forte progression et se situe désormais à son plus haut niveau depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

On peut ainsi considérer que la crise sanitaire a scellé le sort du président Trump. S’il a déployé tant d’efforts pour minimiser la gravité de la crise et par conséquent limiter les restrictions, c’est indéniablement pour préserver l’activité économique afin de tenter de sauver son bilan, qui devait le propulser vers un second mandat. En plus de s’avérer vains, les efforts du président américain ont été vivement critiqués par une vaste frange de la population américaine, choquée par les conséquences dramatiques de la pandémie. Ces deux éléments ont ainsi précipité la défaite de Donald Trump. A charge désormais à Joe Biden de relancer l’économie américaine.

Jean-Maroun Besson

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